La méfiance régnait sur les chantiers de construction

LeDroit_LOGOs
Le Droit – 9 février 2002 – Patrick Duquette

Inspecteurs redoutés

( Photo par MICHEL LAFLEUR,)
«Si je suis inquiet? Bien sûr.» Opérateur d’excavatrice, Daniel Thériault de Hull ignore encore quelles seront, pour lui,les conséquences de l’entrée en vigueur de la Loi 17.
À l’emploi d’une compagnie ontarienne, il tentera d’abord d’obtenir ses cartes de compétence au Québec. «Mais la job, c’est en Ontario qu’elle se trouve surtout», dit-il. La méfiance régnait sur les chantiers de construction de l’Ontario, hier, alors que les  ouvriers québécois appréhendaient la présence d’inspecteurs ontariens.

Un ouvrier approché par Le Droit sur un chantier de construction de l’est d’Ottawa, hier midi, a même pris le journaliste… pour un inspecteur du ministère du Travail.
Quand on a demandé à cet ouvrier s’il venait du Québec, il a d’abord menti en prétendant habiter en Ontario. Son attitude s’est détendue d’un coup quand le journaliste s’est présenté à lui.

«Ouf! Je croyais que t’étais un inspecteur. Allez, rentre. On va discuter avec les gars. En passant, je peux bien te le dire maintenant. Je viens du Québec…»
Pas à dire, la remise en vigueur de la Loi 17, avant-hier, a créé un climat de méfiance sur les chantiers ontariens. De morosité aussi.

En pleine campagne à la chefferie du parti conservateur, le ministre ontarien du Travail, Chris Stockwell, a promis de restreindre l’accès des chantiers ontariens aux ouvriers québécois.

Pour être en règle, les travailleurs du Québec devront fournir une foule de documents et de certificats de compétence, ce que peu d’entre eux possèdent.
Et dorénavant, un plus grand nombre d’inspecteurs feront la chasse aux travailleurs illégaux sur les chantiers ontariens…

Le chantier va fermer!
«Qu’est-ce qu’ils vont faire, les inspecteurs, en arrivant sur le chantier? Nous jeter dehors? Les trois quarts des travailleurs ici sont des Québécois. Le chantier va fermer, c’est simple», lance Bruce Rochon, un travailleur de Masham, père de deux enfants.

En compagnie de trois collègues, M. Rochon prenait le lunch sur le gros chantier résidentiel de Claridge Home, à Gloucester. Son beau-père, assis tout près, a pris le temps d’avaler une grosse bouchée de son sandwich avant de répliquer à son gendre.
«Quand les inspecteurs vont venir, t’auras pas le choix, dit-il. Ils s’ostineront pas avec toi. Ils vont juste prendre ton numéro de plaque», a lancé Daniel Robert, un vétéran charpentier-menuisier de 52 ans, qui travaille depuis 1964 sur les chantiers ontariens.

M. Robert a beau monter des charpentes depuis des dizaines d’années, il n’entretient pas d’illusions sur son avenir avec l’entrée en vigueur de la loi 17. Il admet n’avoir aucune chance de réussir les nouveaux examens de compétence en Ontario. Et à plus forte raison ceux du Québec.
«Je vais perdre ma job. Pourtant, si je suis capable de monter une maison en Ontario, je devrais être capable de le faire au Québec, non?» dit-il.

La faute à Québec
Le silence tombe un moment. Les quatre copains ressassent des pensées sombres. Ils sont dans une situation en apparence sans issue. «Je vais perdre ma job à cause des têtes de cochon de l’autre bord. Les têtes de cochon de Québec», lâche M. Robert avec amertume.
Le groupe se met à ronchonner contre les «syndicats québécois» qui ne veulent pas faire de concessions et ouvrir la frontière québécoise aux travailleurs ontariens. «Les gens du syndicat, bien au chaud dans leurs beaux bureaux à Montréal, c’est pas eux qui vont perdre leurs jobs», lance Steve Larocque, un père de trois enfants.

«Nous autres, on travaille. On ne veut pas être des contrebandiers ou des voleurs. Qu’ils nous laissent donc travailler!» renchérit Bruce Rochon.

«Des fois, je me dis qu’on devrait tous prendre nos cliques et nos claques et aller direct au bureau d’aide sociale pour remplir nos demandes de BS», ajoute-t-il, dépité.

Laisser un commentaire

Entrer les renseignements ci-dessous ou cliquer sur une icône pour ouvrir une session :

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l’aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment ce contenu :