Jocelyn Dumais en a vu du pays. Le globe-trotter du droit au travail

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Actualités, samedi 1 décembre 2007, p. 8
La grande entrevue du samedi

Jocelyn Dumais en a vu du pays
Le globe-trotter du droit au travail
Gratton, Denis

Il est Québécois, entrepreneur en construction avec dix employés sous sa direction, mais il travaille exclusivement en Ontario.

Il est fédéraliste, il a conseillé le député libéral de Chapleau, Benoît Pelletier, pendant la campagne électorale de 2003, mais il s’est présenté contre lui sous la bannière de l’Action démocratique du Québec (ADQ) aux élections provinciales de 2007.

Il ne connaît pratiquement rien de la politique, mais il voulait devenir politicien.

Il n’avait aucune expérience avec les médias, mais à titre de fondateur et président de l’Association pour le droit au travail (ADAT), il a accordé des entrevues à des journalistes de St-John’s, Terre-Neuve, à Vancouver en Colombie-Britannique.

Plutôt compliqué, ce Jocelyn Dumais

Originaire de Lac-Bouchette, au Lac Saint-Jean, Jocelyn Dumais, 57 ans, a quitté le Québec en 1969 pour aller travailler chez Alcan, à Kitimat, en Colombie-Britannique.

« C’était à l’époque où Trudeau disait aux jeunes de se grouiller le c.. et d’aller travailler dans l’ouest, se souvient-il. Alors je l’ai écouté. Je savais trois mots d’anglais, « yes », « no » et « hamburger », mais je suis resté deux ans et demi là-bas. J’ai appris l’anglais, mais laisse-moi te dire que j’en ai mangé longtemps des hamburgers ! », lance-t-il.

Mais une grève chez Alcan le pousse vers de nouveaux horizons. Il se décroche un emploi chez Chrysler, à Windsor, dans le sud de l’Ontario, mais il réalise rapidement que les lignes d’assemblage ne sont pas pour lui.

Et par un concours de circonstances, il se trouve un autre boulot sur un chantier de construction. En moins de deux ans, il devient contracteur autonome et forme sa compagnie de coffrage. Les choses allaient bien rouler jusqu’en 1982.

« Mais en 82, raconte-t-il, le taux d’intérêt était extrêmement élevé, Chrysler était pratiquement en faillite et il n’y avait presque plus d’ouvrage à Windsor. Il fallait que j’aille ailleurs. Quand ma femme, Jeanne-Mance (avec qui il est marié depuis 33 ans), m’a demandé où nous irions, je lui ai répondu : « Ottawa ». Même si je n’avais jamais mis les pieds ici. J’ai dit à Jeanne-Mance : « c’est la capitale du pays. Et en récession, il y a beaucoup de chômeurs. Et s’il y a beaucoup de chômeurs, il y a beaucoup de fonctionnaires qui travaillent ». J’avais raison. À Ottawa, en 1982, ça bougeait. »

Agir ou se la fermer

Jocelyn Dumais travaille à Ottawa depuis. Et même s’il habite Gatineau, il travaille uniquement en Ontario.

« Je me sens plus confortable à travailler en Ontario, explique-t-il. Ce n’est pas la même façon de travailler qu’au Québec, il y a moins de réglementation, ça ne se compare pas du tout. »

Alors la question se pose. S’il travaille en Ontario et qu’il est heureux en Ontario, pourquoi s’est-il porté à la défense des travailleurs de la construction du Québec en fondant l’ADAT ?

« Les gens critiquaient le système (des cartes de compétences et de la mobilité des travailleurs entre le Québec et l’Ontario) mais personne ne faisait rien, dit-il. Mon père me disait toujours : « tu ne critiques pas pour rien. T’agis ou tu te la fermes ». Quand je vois quelque chose qui n’est pas correct, je tente de voir si je peux changer les choses. Et avec l’ADAT, ç’a marché. Ç’a pris 15 ans, j’ai été tenace et ç’a marché.

« Je n’avais absolument rien à gagner là-dedans, de poursuivre M. Dumais. Mais aujourd’hui, j’ai la satisfaction personnelle d’avoir accompli quelque chose et d’avoir aidé beaucoup de gens. Quand un gars m’arrête sur la rue pour me remercier, ça me touche, c’est « valorisant ».

Se battre contre les meilleurs

En début 2007, Jocelyn Dumais, lassé par la lenteur avec laquelle le dossier de la mobilité des travailleurs de la construction progresse à l’Assemblée nationale, surprend tout le monde en posant sa candidature aux élections provinciales sous la bannière de l’ADQ dans la circonscription de Chapleau.

« En 2003, raconte-t-il, j’avais dit à un journaliste que si le dossier n’était pas réglé d’ici la prochaine élection, que j’allais me présenter contre Benoît Pelletier. Et je suis un homme de parole. Certains me disaient : « présente-toi dans un autre comté qui n’est pas aussi libéral ». Mais je disais non. Quand tu te bats, tu veux te battre contre les meilleurs. »

Jocelyn Dumais a été défait par Benoît Pelletier. Facilement. Il est cependant resté membre de l’ADQ à titre de président de l’association de Chapleau… jusqu’à sa destitution, la semaine dernière.

Quand il a osé dire que l’ADQ défendait plus Montréal que l’Outaouais, le chef de l’ADQ, Mario Dumont, lui a montré la porte.

« Je me suis fait mettre en prison pour avoir défendu les travailleurs de la construction, et je me suis fait mettre dehors par l’ADQ pour avoir défendu l’Outaouais. Je n’en rougis pas », laisse-t-il tomber.

Un panier de crabes

Mais prévoyez-vous un retour en polit…. ?

« Non. Absolument pas, répond-il avant même la fin de la question. La politique, on oublie ça. Un idéaliste n’a pas sa place en politique. Et j’ai vite réalisé que la politique est un véritable panier de crabes.

-Que voulez-vous dire ?

-Quand tu entres dans ça, ils sont tous après toi pour te gruger, répond-il. Ceux que tu penses être des amis ne le sont pas. L’ADQ me paraissait comme une « alternative » parce qu’il n’y a pas grands choix au Québec. Il y a une place pour une ADQ au Québec. Mais présentement, on dirait que l’ADQ que nous avons ne veut pas des Québécois.

« Mario Dumont est un « one man show » et c’est dommage, poursuit-il. J’admire Mario Dumont, il a fait du beau travail. Et je comprends qu’il ait peur que tout son travail s’écroule parce qu’il est entouré de beaucoup de gens sans expérience en politique. Mais je ne pense pas que Mario veut prendre tous les honneurs. Je pense plutôt qu’il a peur que les autres fassent des erreurs. Et c’est dommage.

« Aujourd’hui, je peux dire que je suis heureux de ne pas avoir gagné aux dernières élections. J’aurais été très malheureux comme politicien. De ne jamais pouvoir parler et défendre mes idées, j’aurais été très malheureux. »

Un sommet pour l’Outaouais

Maintenant que le dossier de la mobilité des travailleurs de la construction est pratiquement réglé et que la politique est derrière lui, que nous réserve Jocelyn Dumais, lui qui a pris goût aux réflecteurs ?

« Un sommet sur la spécificité de l’Outaouais, répond-il sans hésiter. Un sommet pour établir ce qui rend l’Outaouais spéciale, unique. Un sommet pour nous faire connaître au Québec et pour mettre la table pour les politiciens. J’ai suggéré la tenue d’un tel sommet à l’ADQ mais ils ont jeté mon idée aux poubelles. Alors c’est quelque chose que je vais mettre sur pied par moi-même parce que ce n’est certainement pas un parti politique qui le fera. Un sommet sur la spécificité de l’Outaouais, c’est ma nouvelle guerre », de conclure Jocelyn Dumais.

dgratton@ledroit.com

Illustration(s) :

Patrick Woodbury, Ledroit
Que nous réserve Jocelyn Dumais, puisque le dossier de la mobilité des travailleurs est presque réglé et que la politique est derrière lui.

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