Ponts obstrués: la police sera aux aguets

LeDroit_LOGOs

Ponts obstrués: la police sera aux aguets
Le Droit – Mardi 6 juillet 1993
Lanthier, Manon

Au lendemain du blocage surprise des ponts enjambant la rivière des Outaouais, les policiers d’Ottawa seront aux aguets afin d’éviter que ce genre de manifestation ne se reproduise.
Les ponts McDonald-Cartier et Alexandria, est-il besoin de le rappeler, ont été obstrués, tôt hier matin, par des travailleurs de la construction irrités.
«Nos agents patrouilleront les ponts pour que ça ne se produise plus, a assuré le sergent Ray Draper, de la Police d’Ottawa. S’ils essayent de le faire de nouveau, des accusations seront portées.»

Puisqu’ils ont collaboré en se pliant aux ordres des policiers dépêchés sur les ponts, aucune accusation n’a été portée contre les membres de l’Association du droit au travail (ADAT) et leur président Jocelyn Dumais.Les membres de l’ADAT ont bloqué les deux principaux ponts pendant près d’une heure pour protester contre les barrières entre l’Ontario et le Québec dans le domaine de la construction.Comme ils étaient sur la rive ontarienne, la Sûreté du Québec ne portera pas d’accusation non plus. Elle a toutefois participé à la réouverture du pont Macdonald-Cartier.
Le blocage a créé des bouchons de plus de deux kilomètres sur les autoroutes 5 et 50. Les automobilistes, frustrés et impatients, y allaient d’injures de toutes sortes. Certains ne voyaient pas l’heure de se rendre au travail.

«On va perdre des heures de travail. Il me semble qu’ils auraient pu prendre un autre moyen», a déploré l’un d’eux.D’autres ne comprenaient pas le motif du blocage. «Monsieur, vous n’avez pas de tête sur les épaules.»Jocelyn Dumais s’est dit convaincu que son action était la bonne pour sensibiliser la population au problème. «Si on a bloqué le pont juste une heure, c’est justement pour ne pas prendre la population en otage», a-t-il soutenu sur les ondes de CJRC, en fin d’après-midi hier.

Ce que les travailleurs et entrepreneurs ontariens et québécois membres de l’ADAT veulent, c’est que le «gouvernement québécois relâche cette loi de fous» qui empêche les travailleurs et compagnies ontariennes d’oeuvrer librement au Québec, alors que l’inverse est possible.
S’il est réellement sérieux, que le gouvernement impose un moratoire de trois mois», a dit l’entrepreneur au journal LeDroit.Ce blocage s’inscrit alors que les gouvernements municipal et régional envisagent d’imposer des barrières aux milliers de travailleurs de la construction de l’Outaouais qui traversent les ponts chaque matin.«On comprend le tort que ça va causer, mais ça va être temporaire. On a des actions prévues pour trois mois d’avance», a confié Jocelyn Dumais, en ajoutant que «l’effet de surprise comptait pour 50 % du résultat.»

À quelques exceptions près, tous les intervenants politiques et syndicaux ont appuyé les revendications de l’ADAT, mais ils ont déploré le moyen de pression choisi.

ILLUSTRATION

Photographe: Morin, Étienne

Malgré le chaos occasionné par le blocage des ponts, hier matin, Jocelyn Dumais (en médaillon), président de l’Association du droit au travail, croit que les automobilistes comprendront la situation. Si, comme ils l’annoncent, les membres de l’ADAT devaient récidiver, les policiers ont déjà indiqué qu’ils déposeraient alors des accusations.

© 1993 Le Droit. Tous droits réservés.

Publicités

Un travailleur au noir demande à être arrêté

LeDroit_LOGOs

Un travailleur au noir demande à être arrêté
Le Droit – Vendredi 15 janvier 1993 – Denis Gratton

Un travailleur de la construction du Québec a demandé à être emprisonné, hier, parce qu’il refuse de payer 1800 $ d’amendes qu’il a reçues pour avoir travaillé sur un chantier de construction sans avoir suivi un cours obligatoire de sécurité.
Trois mandats d’arrestation avaient été émis contre David Giroux.
Ce dernier a donc allégé le travail des agents de la Sûreté du Québec en se rendant à la police accompagné de quelques membres des Travailleurs québécois illégaux de la construction (TQIC) et une meute de journalistes de la région.M. Giroux, qui est menuisier depuis 1967, a agit ainsi en si- gne d’appui aux travailleurs illégaux qui dénoncent les «mesures tyranniques de la Commission de la construction du Québec (CCQ)».

«La CCQ m’a imposé trois amendes pour la simple raison que je n’ai pas suivi un cours de sécurité qu’un enfant de quatre ans pourrait réussir sans difficulté», a dit M. Giroux, assis au restaurant où il avait convié la presse.
«On m’a dit que si je ne payais pas, je serais emprisonné pour 82 jours. Pourtant, je n’ai pas travaillé pour voler qui que ce soit. J’ai travaillé pour élever mes trois enfants», a-t-il poursuivi.
«Il n’est pas question que je paye un sous à la CCQ. Je vais aller en prison!» a-t-il lancé, avant de prendre le chemin de la prison de Hull, accompagné du cortège médiatique.
Les portes barrées
Une fois sur les lieux, David Giroux a salué ses amis pour une dernière fois, a fait un signe de la main aux caméras de télévision et… s’est buté aux portes verrouillées de la prison.Après quelques minutes, un employé du centre de détention est sorti pour expliquer à M.Giroux qu’un prisonnier doit d’abord être arrêté par un corps policier avant d’être admis derrière les barreaux.
N’entre pas qui veut à la prison de Hull!Le cortège a repris la route vers les bureaux administratifs de la SQ où David Giroux a été arrêté en bonne et due forme. Il a été transporté à la prison de Hull vers 15 h 30, hier.

Travailleurs illégaux
L’instigateur de ce cirque médiatique, le porte-parole des TQIC, Jocelyn Dumais, a profité de la situation pour déplorer les agissements de la CCQ qui distribue les amendes aux «travailleurs au noir» et à ceux qui ont leur carte, comme David Giroux, mais qui doivent suivre des cours inutiles.
«On ne réclame pas l’abolition des cartes de compétence, a-t-il expliqué. On demande simplement que la compétence et l’expérience d’un travailleur soient reconnues. Certains travailleurs de la construction ne peuvent même pas comprendre les termes utilisés dans certains examens de la CCQ. Donc ils échouent et perdent leur carte de compétence; ils ne peuvent plus travailler sur les chantiers du Québec. Pourtant, dans la plupart des cas, ils sont les meilleurs dans le métier qu’ils exercent».
M. Dumais a ajouté que les TQIC réclament l’abolition des barrières interprovinciales dans le domaine de la construction.«Certains vont dire que les travailleurs ontarien viendront voler nos emplois. On a seulement à être plus compétents si on craint la compétition. Les Américains n’ont pas empêché l’importation de voitures japonaises. Ils ont plutôt amélioré leur produit», a conclu l’entre- preneur.
ILLUSTRATION
Morin, Étienne
André Giroux, à gauche, s’est buté aux portes closes de la prison de Hull où un gardien est venu lui dire qu’on n’y entre pas sans d’abord avoir été arrêté par la police.