Bloquera ou bloquera pas les ponts? L’ADAT laisse planer le doute

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Le Droit
En manchette, lundi 5 avril 1999, p. 3

Crise dans la construction
Bloquera ou bloquera pas les ponts?
L’ADAT laisse planer le doute

Gaudreault, Patrice

Les membres de l’Association pour le droit au travail (ADAT) se sont rencontrés, ce week-end, question de faire le post-mortem des deux journées de manifestation devant le Casino de Hull et d’apporter certains bémols quant à la manière de jouer leur prochaine carte: le blocage des ponts reliant le Québec et l’Ontario.

Nous analysons toujours différents scénarios pour cette manifestation, a confié au Droit le vice-président de l’ADAT, André Gareau. Des actions seront bel et bien posées, mardi matin, mais rien n’est encore coulé dans le béton.»

CONSTRUCTION AREAprès avoir été mis en état d’arrestation par les policiers de Hull, vendredi après-midi, le président de l’ADAT, Jocelyn Dumais, avait déclaré que ses membres bloqueraient «les ponts entre le Québec et l’Ontario, du Témiscamingue à Hawkesbury», dès mardi matin.

Cette proposition n’aurait cependant pas réussi à rallier l’ensemble des membres de l’ADAT. «Nous voulons agir selon le désir de nos membres, qui ne veulent pas perdre l’appui précieux de la population, a expliqué André Gareau. Une chose est donc certaine, nous ne prendrons jamais la population en otage.»

Refusant d’avancer les détails du plan d’action prévu pour demain matin, M. Gareau a tout de même laissé entendre que la circulation pourrait ne pas être affectée. «On pense, en effet, à laisser passer les voitures», a-t-il expliqué.

Lors d’une entrevue téléphonique avec Le Droit, hier, le président de l’ADAT, Jocelyn Dumais, est cependant demeuré ferme dans sa volonté de bloquer les ponts et le traversier à toute circulation. «On demande à la population de demeurer à la maison, mardi. Nous sommes conscients que c’est un grand sacrifice que nous leur demandons, mais nous avons épuisé tous les recours possibles.»

Les membres de l’ADAT, qui réclament l’abolition du système de cartes de compétence, tracent un bilan positif des deux jours de manifestation devant la maison de jeu, même si le gouvernement Bouchard continue de faire la sourde oreille à leurs revendications.

«Nous sommes extrêmement satisfaits de l’appui que nous avons reçu, tant de la population que des contremaîtres de la région qui, eux aussi, sont étouffés par une réglementation trop lourde», a lancé M. Gareau.

Présents aux réunions de l’ADAT, samedi et dimanche, plusieurs contremaîtres du Québec auraient manifesté leur intention de s’afficher publiquement en faveur de la cause des travailleurs sans carte de compétence qui gagnent leur vie sur les chantiers de construction de l’Ontario. «Certains nous ont même dit vouloir fermer leurs chantiers en guise de moyen de pression», a avancé M. Gareau.

La centaine de membres de l’ADAT se rencontreront de nouveau aujourd’hui, afin de décider de la suite des événements.

«D’ici là, la seule chose qui pourra nous faire changer d’idée serait un coup de fil de la ministre québécoise du travail, affirmant que les discussions peuvent reprendre, ajoute M. Dumais. Nous devrons cependant recevoir le même son de cloche de la part de son homologue ontarien.»

Pertes au Casino

Au Casino de Hull, la levée des barricades a été accueillie avec un grand soupir de soulagement, à l’aube du long et surtout, très lucratif congé pascal. «La fin de semaine de Pâques est en effet l’une des périodes les plus occupées de l’année», a confirmé Guy Laflamme, directeur du marketing et du service à la clientèle au Casino de Hull.

Difficile, cependant, d’évaluer avec certitude les pertes encourues par la maison de jeu au terme de cette journée et demie d’inactivité. Aux dires de M. Laflamme, en effet, plusieurs joueurs ont tout simplement déplacé leur soirée de jeu en conséquence. Après sa réouverture, peu après 18 h, vendredi, le Casino de Hull a accueilli quelque 7000 personnes en soirée. L’achalandage moyen se situe aux environs de 9500 joueurs par jour.

«Nous estimons tout de même qu’en bout de ligne, nos pertes seront de l’ordre de quelques centaines de milliers de dollars.»

Illustration(s) :

Marier, Sylvain
Bloquer le Casino de Hull est une chose au yeux du public. Bloquer les ponts en est une toute autre et la sympathie acquise jeudi et vendredi pourrait vite basculer.

© 1999 Le Droit. Tous droits réservés.

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Les ouvriers lèvent leur blocus au Casino de Hull

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Les ouvriers lèvent leur blocus au Casino de Hull, mais ils promettent de revenir à la charge
Le Droit- 03 avril 1999 – JEAN-MICHEL GAUTHIER
Ce n’est que partie remise Jocelyn Dumais s'adresse aux menbres de l'ADAT, devant le Casino de Hull
Dans un geste théâtral, M. Dumais a offert aux policiers de l’arrêter en échange de la liberté de ses membres. La police de Hull a accepté cette proposition et a mis Jocelyn Dumais en état d’arrestation pour méfait public.

Par solidarité envers son leader, un manifestant a demandé aux policiers de l’arrêter aussi.
Les autres protestataires ont pu rentrer à la maison avec la promesse qu’aucune accusation ne serait portée contre eux.
Solution pacifique:

«Nous cherchions une solution pacifique à la crise.Nous avons accepté la proposition de M. Dumais parce que ce dénouement nous permettait d’éviter un affrontement qui aurait pu faire des blessés», a expliqué le lieutenant Yves Martel, de la police de Hull.
Après deux jours de manifestation au Casino de Hull, les travailleurs de la construction sans cartes ont levé leurs barricades, Ils menacent cependant de bloquer tous les ponts entre le Québec et l’Ontario, mardi matin.

La centaine de membres de l’Association pour le droit au travail (ADAT) qui bloquaient l’accès au Casino de Hull depuis jeudi matin ont levé leurs barricades en fin d’après-midi, hier.
Le président de l’ADAT, Jocelyn Dumais, a ordonné à ses hommes de plier bagage vers 16 h 30, au moment où la police de Hull s’apprêtait à intervenir en force et à arrêter tous les manifestants. «Je ne voulais pas que mes hommes passent la fin de semaine en prison, a pour sa part indiqué Jocelyn Dumais. Nous avons besoin qu’ils soient en pleine forme, mardi, pour bloquer tous les ponts entre l’Ontario et le Québec, du Témiscamingue à Hawkesbury», a ajouté le président de l’ADAT, avant d’être menotté et conduit dans les cellules du poste de police de Hull.

Les travailleurs ont chaudement applaudi le geste de leur leader, mais plusieurs travailleurs étaient visiblement frustrés de voir la manifestation prendre fin si abruptement.
«C’est comme si nous abandonnions la partie», a laissé tomber Gilles Sauvé fils, qui avait presque les larmes aux yeux.
«Nous avons crié pendant deux jours que nous ne bougerions pas d’ici avant que le gouvernement nous écoute. Nous avons l’air de quoi maintenant», s’est demandé M. Sauvé.Manif de la construction au Casino de Hull

Les membres de l’ADAT réclament du gouvernement québécois l’abolition du système de cartes de compétences pour la région de l’Outaouais. Les manifestants sont des travailleurs qui gagnent leur vie sur des chantiers de construction en Ontario, où les règles sont plus souples. Ils demandes au gouvernement de déclarer l’Outaouais «zone tampon», ce qui leur permettrait de travailler au Québec même s’ils ne possèdent pas leurs cartes de compétence.
«C’est inacceptable que notre gouvernement ne nous permette pas de gagner notre vie chez nous», a sans cesse répété Jocelyn Dumais, hier.

Selon le président de l’ADAT, les travailleurs sans cartes de compétence viennent de prouver au premier ministre Lucien Bouchard qu’ils sont déterminés à se battre pour leurs droits. «Nous avons bloqué le Casino de Hull pendant deux jours. Le gouvernement sera maintenant plus attentif à nos revendications. Il sait que nous sommes sérieux. En tout cas, nous allons le lui prouver en bloquant tous les ponts», croit M. Dumais.
Cette décision, toutefois, ne semble pas rallier tous les membres de l’ADAT. Certains ne se sont pas gênés pour critiquer ouvertement cette stratégie, qui devrait provoquer des bouchons monstres dans la région d’Ottawa-Hull.

Jouer avec le feu
«Ce n’est pas correct de prendre la population en otage. Les gens vont nous haïr et le gouvernement va continuer à nous ignorer», a crié un travailleur pendant un des discours de Jocelyn Dumais.
Le président de l’ADAT est bien conscient que son association joue avec le feu. «En bloquant le Casino, on ne faisait pas de mal à personne. Dans le fond, on rendait même service à la population en empêchant les assistés sociaux de dépenser tout leur chèque du mois. Mais nous croyons qu’après deux jours de manifestation, les gens ont compris que nous ne sommes que des travailleurs qui réclament le droit de travailler chez eux», a fait valoir M. Dumais.

Mais la grogne commençait déjà à se faire sentir, hier, chez les commerçants du boulevard de la Carrière. Les ardeurs des manifestants, plutôt calmes la veille, ont forcé la police de Hull a fermer le boulevard de la Carrière les rues Montclair et Edmonton.
Le supermarché Super-C, la Société des alcools du Québec et le Réno-Dépôt, notamment, ont vu très peu de clients franchir leurs portes pour un Vendredi saint.

«Plusieurs commerçants nous ont téléphoné pour se plaindre qu’ils perdaient de l’argent. Ils nous ont dit que les longs détours ont découragé plusieurs automobilistes», a indiqué le lieutenant Yves Martel.
Le casino, quant à lui, a finalement pu rouvrir ses portes vers 18 h.